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The monk

Par Mme Charlotte | vendredi 18 avril 2008 à 23:56

Auteur: Matthew Gregory Lewis
Titre en français : Le moine
1ère édition : 1796
Ma note :

Quatrième de couverture :(édition française)
On le nomme “Monk” Lewis, tant cet écrivain a été marqué par sa créature scandaleuse. Le livre fut d’abord interdit par la censure et Lewis obligé d’en réviser l’édition. Il n’a que vingt ans lorsqu’il écrit Le Moine et confronte le lecteur avec l’Invisible d’une manière directe et brutale. Le Surnaturel y fait sauvagement irruption et s’impose ; d’où la réticence d’un Coleridge, déconseillant aux parents de mettre un tel livre dans les mains de leurs enfants.

Il connaissait bien la littérature allemande et traduisit plusieurs grands auteurs, tel Schiller. Il adaptera avec succès un roman de Zschokke, Le Bandit de Venise.

Il hérita d’une fortune importante à la mort de son père et, avec effroi, en découvrit les sources, dans les Indes Occidentales. Il mourut de fièvre jaune à son retour d’un second voyage, laissant un passionnant Journal qui dénonce le scandale des pratiques coloniales dont nul alors ne se souciait. Comme la plupart des auteurs “gothiques”, Monk Lewis ne fut jamais en odeur de sainteté auprès des critiques et il fallut attendre des auteurs comme Artaud ou Breton pour que certains considèrent enfin Le Moine avec sérieux.


Mon avis :
L’intrigue se déroule en Espagne (l’auteur semble l’oublier quelques fois quand il parle de Strada di San Iago ou Strada di la vida..curieux mélanges hispano-italien, ou alors je ne suis pas au courant de certains faits historiques et culturels), dans une société où la religion et la superstition cohabitent allègrement.
Un moine dont la réputation de saint a fait le tour de Madrid se voit peu à peu sombrer dans le péché et la luxure. Un jeune homme nommé Lorenzo de Medina tombe amoureux d’Antonia, venue à Madrid avec sa mère demander de l’aide à leur beau-frère et oncle, Don Raymond de las Cisternas, ami de Lorenzo. Don Raymond est amoureux d’Agnès, jeune soeur de Lorenzo, mais Agnès a pris le voile, et une évasion est mise en place. Hélàs, la jeune pécheresse est démasquée, l’évasion avortée. Entre-temps, le moine Ambrosio, orphelin voué à la vie monastique dès l’enfance, est séduit par une étrange femme qui le conduira à sa perte. Désormais dépravé, Ambrosio va jeter son dévolu sur la jeune Antonia. Encouragé et conseillé par Matilda, il va commettre les pires crimes pour arriver à ses fins.
Sorcellerie, châteaux hantés, amours contrariées et tragédies ponctuent cette horrible et délicieuse histoire, dense et passionnée. L’ambiance est noire, la descente aux enfers du moine est fascinante. Malgré les quelques longueurs du début le rythme est vite pris et on frémit aux destins funestes des personnages. Démasqué et sur le point de payer pour ses crimes, le moine vendra son âme au diable pour échapper au bûcher. Mais la fuite ne serait-elle pas pire que la réddition ?
Cette histoire gothique écrite à la fin du XVIII ème siècle par un jeune anglais de 20 ans donne un roman à la fois flamboyant et noir.

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Catégories : Anglophone, LEWIS Matthew Gregory, Mme Charlotte, XVIIIe siècle |

Une réponse to “The monk”

  1. Antisthène Ocyrhoé dit:
    April 21st, 2008 à 11:41

    Ce que j’ai trouvé intéressant dans ce livre, c’est la manière atypique qu’a la narration d’exploiter et de mettre en scène le fantastique. Habituellement, le fantastique est défini comme l’intrusion d’éléments surnaturels - ou passant pour tels - dans un cadre narratif réaliste ou vraisemblable. Les éléments fantastiques sont presque toujours potentiellement explicables et servent davantage à mettre en avant le trouble d’une conscience qu’à plaider la cause de Casper.

    Or, ici, le fantastique le plus surréaliste est présenté avec un naturel absolument déconcertant. Même pour les personnages se piquant d’être incrédules, les aventures de la nonne sanglante ou l’apparition du Juif Errant ne semblent pas provoquer un trouble métaphysique particulier. Les invocations du diable, de la même manière, ne sont pas présentées comme quelque chose d’invraisemblable ; c’est un procédé, certes un peu dangereux, mais somme toute assez crédible pour n’être pas mis sur un autre plan que celui du cadre réaliste dans lequel évoluent les protagonistes.

    J’avoue n’avoir pas lu énormément de fantastique, mais, à ce jour,je n’ai trouvé ce procédé que chez Lewis. C’est sans doute cette façon particulière de traiter du surnaturel comme d’une chose faisant partie de la réalité qui a attiré les surréalistes vers cette oeuvre, au point qu’Antonin Artaud en a proposé une réécriture.

    Pour le reste, mon avis sur ce livre est tout de même plus mitigé que le tien. Le début du livre est plein d’une sorte d’ironie qui se perd rapidement et que l’on ne retrouve que rarement au fil de l’intrigue ; le récit dans le récit contenant l’histoire de la nonne sanglante, et qui occupe tout de même un bon quart du livre - si mes souvenirs sont exacts, rend le roman assez bancal tant par la longue coupure infligée à l’intrigue principale que par les extraordinaires facilités de scénario qui sous-tendent cet excursus. De plus, ce même traitement du surnaturel dont je viens de parler, pour être déconcertant, original et plaisant, ne va pas sans certaines maladresses, parfois à la limite du grotesque, qui cassent un peu l’ambiance. Bien sûr, je n’oublie pas que l’auteur écrit ce roman alors qu’il a à peine 20 ans, ce qui justifie qu’il ne soit pas rompu à l’exercice romanesque comme un Flaubert à cinquante ans.

    Pour conclure, j’ai trouvé dans Le Moine un bon roman, très divertissant, mais qui ne va pas sans certaines faiblesses domageables à l’intérêt que pourrait susciter la trame de l’histoire. J’aimerais assez, si je trouve le temps, lire la version d’Artaud, pour voir ce qu’il en a fait.

    Antisthène Ocyrhoé.

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