Catégorie: DICKENS Charles

Les Chroniques de Mudfog

Auteur : Charles Dickens
Titre original : The Mudfog Papers
1ère édition : 1837-39
Ma note :

Résumé :
C’est à une véritable pantomime de la vie quotidienne de la petite ville de Mudfog que nous convie Dickens, dans un ouvrage où le grotesque des situations le dispute au comique le plus ébouriffant : des avatars de la destinée de M. Tulrumble qui, d’humble charpentier devenu maire, se prend pour le nombril de l’univers ; des préparatifs de la réunion de Mudfog pour l’avancement du monde à son ordre du jour : faut-il créer des maternelles pour les puces laborieuses ? Ne devrait-on pas remplacer les membres de la force publique et les magistrats par des automates ?… Constitué d’une galerie de tableaux pittoresques et caustiques à la Daumier, qui ne sont pas sans nous rappeler Bouvard et Pécuchet, ou Les Caractères de La Bruyère, ce livre est d’une surprenante modernité.

Mon avis :
Ce livre aussi bref que méconnu rassemble des textes publiés de 1837 à 1839 dans le magazine Bentleys Miscellany , dans un contexte éditorial pour le moins chaotique. Ces courts récits sont désopilants, absurdes, surréalistes, loufoques, hilarants, inventifs et comme toujours chez Dickens, peuplés de personnages pittoresques et caricaturaux. J’ai notamment adoré le passage où il se moque de la crédulité des gens en évoquant la théorie absurde sur laquelle se base l’homéopathie, et suggère donc, que si une dose infinitésimale de produit actif fortement dilué peut soigner et guérir un individu, il doit en être de même avec une portion infinitésimale de nourriture qui devrait par conséquent suffire à maintenir les pauvres en vie.

C’est une lecture courte, sans réel fil conducteur autre que l’humour, qui n’a certes pas l’envergure de ses grands romans, mais il n’y a pas à tortiller, on rigole bien !

Le Professeur Queerspeck a exhibé un élégant prototype de train portable, disposé soigneusement dans un écrin vert, et pouvant être rangé dans la poche d’un veston. En attachant ce merveilleux engin à ses bottines, tout employé de banque ou de bureau pourra se déplacer de sa résidence à son lieu de travail, à la vitesse confortable de soixante miles à l’heure, ce qui représenterait un avantage considérable pour des personnes ayant des occupations sédentaires.

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De grandes espérances

Auteur: Charles Dickens
Titre original : Great expectations
1ère édition : 1861
Ma note :

Résumé :
Orphelin, le jeune Pip est élevé par une sœur violente et un beau-frère aimant et tendre. Destiné à devenir forgeron comme lui, il nous raconte quelques aventures de son enfance, comment il aida un forçat évadé, sa rencontre avec l’excentrique miss Havisham et sa fille adoptive Estella. son destin sera bouleversé par un mystérieux bienfaiteur décidé à faire de lui un gentleman. Sa nouvelle condition le conduira à Londres, où il mènera une vie dépensière, le cœur rempli de grandes espérances nourries par sa fortune inespérée.

Mon avis :
C’est à chaque fois une véritable délectation que la lecture d’un Dickens, mais là, ce roman dépasse mes espérances. Pip nous raconte sa vie depuis environ l’âge de sept ans, alors qu’il tombe sur un forçat évadé qui le pousse par intimidation à l’aider à trouver des vivres. Terrifié, Pip s’exécute, non sans passer par différents états psychologiques, le peur, la culpabilité, la soumission. On le découvre dans un environnement peu propice au bonheur. Sa sœur, qui se vante de l’élever “à la main” ne lui manifeste aucune tendresse. Le mari de sa sœur, Joe, forgeron de son état, lui apporte soutien, amitié et affection, mais n’est pas plus apte à se défendre que lui. Amené à rencontrer la curieuse miss Havisham et sa troublante fille adoptive, Pip sera vite fasciné par cette dernière, d’une beauté et d’une froideur égales. Ouvertement méprisé par Estella, il nourrira néanmoins pour elle un amour solide, sincère et durable. Le roman se scinde en deux principales parties. La seconde débute alors que Pip apprend d’un homme de loi qu’un mystérieux bienfaiteur souhaite le voir installé à Londres afin de parfaire son éducation et devenir un gentleman. Pip commence alors à nourrir de grandes espérances. Le jeune homme, une fois sorti de l’environnement de son enfance et de la pauvreté, verra son bien-aimé Joe d’un autre œil, toujours aimant, mais un peu honteux de son ignorance et de son manque d’éducation. Pip, déjà plus instruit que le forgeron, aura conscience de cet écart, et cette prise de conscience éveillera en lui un fort sentiment de culpabilité. Désormais libre, il se lie d’amitié avec le fils de son répétiteur, devient dépensier, s’offre un valet à qui il a du mal à trouver des occupations. Ignorant toujours l’identité de son bienfaiteur, ce qu’il sait et croit savoir alimente doublement ses espérances. Son amour pour Estella est toujours aussi fort, et bien qu’il ait conscience de l’absence de la jeune fille à son égard, il espère encore.

Dickens excelle dans la peinture de l’Angleterre du XIXème siècle. La misère, l’hypocrisie, la petitesse d’esprit des pauvres comme des nantis ne lui échappent pas. Lui-même issu d’une famille plus que modeste et ayant connu la misère avant d’accéder à la notoriété et l’aisance, tous les rangs sociaux lui sont familiers. Qu’ils soient principaux ou secondaires, tous les personnages sont fouillés, hauts en couleurs, nuancés. Il n’y a ni bon ni méchants, chaque protagoniste réserve des surprises, soit par son destin, sa psychologie, son comportement. Même le jeune Pip, que nous suivons sur plusieurs années, n’est pas dépourvu de “mauvais” sentiments. Comme lui, au fil de la lecture, nous avons quelques espérances le concernant, et son destin réserve bien des surprises et des rebondissements.

L’humour est aussi omniprésent chez Dickens. Certains personnages brillent par leur grotesque, d’autres par leur dignité sincère, d’autres encore par leur excentricité, ou même leur dualité. Le tout arrosé d’un humour à toute épreuve. La relation entre Pip et Joe est bouleversante, leur attachement réciproque est exemplaire. Les personnages de Dickens sont tous fascinants, les relations entre eux superbement dépeintes. L’aventure est aussi au rendez-vous. Forçats évadés, trahison, jeune orphelin au destin chaotique, une vieille riche proche de la sorcière, une beauté au cœur de glace, tout contribue à faire de ce roman un pur bonheur, un livre DÉVORABLE d’un bout à l’autre, grâce au style jubilatoire de Dickens, de sa parfaite connaissance de l’époque, des milieux sociaux, de la nature humaine. Un régal !!!

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