Catégorie: COLLINS Wilkie

Armadale

Auteur : Wilkie Collins
Titre original : Armadale
Éditeur : Phébus Libretto
1ère édition : 1868
Ma note : coup de coeur

Résumé
Selon Borges et Henry James, sur ce point d’accord, s’il fallait se résoudre à ne lire qu’un seul livre de Collins – ce qui est en soi une contrainte insupportable – il faudrait que ce soit Armadale : car ces 800 pages foisonnantes embrassent à peu près tous les registres où se complaît d’ordinaire l’écrivain, humour bien noir compris. Un livre dont l’unique but, prévenons tout de suite l’innocent lecteur, est d’égarer celui qui aura eu l’imprudence de l’ouvrir. Résumons : Tous deux s’appellent Allan Armadale : l’un est tout ce que l’autre n’est pas ; l’un sait, surtout, ce que l’autre ne sait pas – et l’un des deux, semble-t-il, est de trop sur cette terre. A partir du thème éternel de la rivalité entre Caïn et Abel (amour et haine confondus), Wilkie Collins brode une intrigue au fil de laquelle le lecteur est convié à toutes les conjectures, c’est-à-dire à tous les égarements : 800 pages de déambulation à l’intérieur d’un labyrinthe où les personnages et le destin rivalisent d’imagination – et de perversité –, 800 pages de machinations, de complots et de mensonges, au terme desquelles, délicieusement mis à mal, nous espérons malgré tout découvrir ce qu’il est convenu d’appeler la vérité. Conclusion de Henry James : « Il introduit dans l’espace romanesque le plus mystérieux des mystères : celui qui se cache derrière nos portes. » Passage en collection « Libretto » d’Armadale, selon Borges le plus grand roman de Wilkie Collins (l’inventeur du thriller). 800 pages de frissons et d’égarements garantis. Selon Michel Le Bris, préfacier enthousiaste de l’ouvrage : « L’indécence au service du suspense ».

Mon avis
Les mots me manquent, les bras m’en tombent. L’un dans l’autre ce billet promet de ne pas briller par son contenu, mais que faire, que dire après un tel monument qui m’a procuré une extase sans nom ? Wilkie Collins nous balance un bon gros pavé bourré de personnages magnifiques et hauts en couleurs, des intrigues tortueuses, des rebondissements, des secrets inavouables, des âmes tourmentées, une société victorienne avec ses défauts mais avec cette ambiance qui me ravit.
Le meilleur de maître Wilkie est développé à son maximum dans Armadale.

Un antagonisme prédestiné, une dualité troublante dans laquelle l’innocence et l’ignorance de l’un contrebalance la connaissance et la paranoïa de l’autre.
Les deux Armadale forme un duo improbable, deux personnalités que tout sépare, riches et complexes. On pourrait parler des heures de ce roman sublime, malheureusement le temps me manque et à moins de faire une dissertation de 3612 pages qui de toute façons ne suffirait pas à faire le tour de la question, la chose me parait vaine. Notons cependant un personnage que j’ai adoré (parmi d’autres !), une méchante vilaine pas sympa du tout mais finalement très attachante, spécimen anachronique de femme fatale.

Pour finir et avant de m’enfoncer d’avantage, voici un extrait qui suffira à illustrer l’humour et la finesse de Wilkie :

“Quand vous dites non à une femme, monsieur, dites-le toujours en un seul mot. Si vous lui donnez des raisons, elle croit invariablement que vous voulez lui dire oui.”

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Profondeurs glacées

Auteur : Wilkie Collins
TItre original : The frozen deep
Format : nouvelle
1ère édition : 1873
Ma note:

Résumé :
1845 : On donne un bal à la mairie de Londres pour célébrer le départ de deux navires vers le pôle Arctique, lancés à la recherche du mythique passage du Nord-Ouest et menés par sir John Franklin. 1854 : L’Angleterre est sous le choc. Une enquête vient de révéler le sort de l’équipage dépêché neuf ans plus tôt par-delà le Groenland. Après un terrible hivernage au milieu de L’océan gelé, les hommes ont gagné à pied la terre ferme, bientôt décimés par la faine et le froid. Nécessité fait loi : les explorateurs les plus résistants, livrés à eux-mêmes en pleine nature et soumis à l’impératif de survie, en sont arrivés aux pires extrémités… Des gentlemen anglais, civilisateurs du genre humain. dans le rôle de cannibales ! Le thème avait de quoi tenter un romancier tel que Collins…

Mon avis:

Alors bon, là je vais être cruelle, mais le principal intérêt de cette nouvelle de Maître Wilkie, c’est sa préface. La quatrième de couverture résume le contexte dans lequel la nouvelle a été écrite et ce qui l’a inspirée, mais aucunement la nouvelle elle-même. On nous présente celle-ci comme un roman d’aventures, alors que c’est loin d’être le cas. Tout d’abord écrite sous forme de pièce de théâtre, The frozen deep tire ses sources d’un fait divers qui défraya la chronique de l’époque, une expédition au Pôle Nord qui tourne mal et qui contraint les survivants au cannibalisme. Dickens et Collins, amis et rivaux, le dernier étant “étouffé” par le premier, écrivent une pièce s’inspirant des faits, mais largement édulcorée par Dickens. Des années plus tard, Collins, émancipé, rédige sa version sous forme de nouvelle. De l’histoire réelle il ne subsiste pas grand-chose. Le principe : un amoureux éconduit va participer à l’expédition qui emporte précisément son rival, et se retrouver en position de force afin d’assouvir sa vengeance. Un brin de fantastique et de mysticisme est apporté à l’affaire par le biais de la jeune fille disputée, qui aurait le don de seconde vue. Jolie histoire à la base, mais pas exploitée du tout.

Trop court pour illustrer toute l’étendue du talent de Collins, qui excelle dans les descriptions sociales, psychologiques, dans l’étude des mœurs et de l’hypocrisie victoriennes. Trop court pour approfondir les personnages, qui n’ont pas beaucoup d’épaisseur, et trop court pour nous immerger dans le huis-clos des régions polaires.

La préface par contre explique bien le contexte, et on retrouve la rivalité de Dickens et Collins dans les personnages de Wardour et Aldersley. Histoire brève donc, qui ravira les biographes des deux auteurs, mais qui qui restera sans doute anecdotique pour les autres, même pour moi qui adore Maître Wilkie.

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