Les mystères de Londres
Par Mme Charlotte | mercredi 24 juin 2009 à 15:54 | 1 Commentaire »
Dans : Francophone, FÉVAL Paul, Mme Charlotte, XIXe siècle
Auteur: Paul Féval
Éditeur : Phébus/Libretto
1ère édition : 1844
Ma note:
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Résumé :
Dans les années 1840, tout Londres ne bruit que des frasques du marquis de Rio-Santo. dandy insolent dont la richesse paraît sans limite, qui subjugue l’aristocratie… et règne en même temps sur les bas-fonds de la capitale ! Car en dépit de son nom, Rio-Santo est irlandais, et à la tête d’une association de malfaiteurs baptisée Les Gentilshommes de la nuit, il prépare en secret une révolution destinée à libérer l’Irlande. Complots, poursuites, assassinats, nous voici entraînés à un rythme d’enfer de rebondissements en rebondissements, égarés d’une fausse piste à une autre dans ce roman noir moderne écrit en 1844 – deux ans avant Le Comte de Monte Cristo – sous le pseudonyme de Francis Trolopp, pour concurrencer Les Mystères de Paris d’Eugène Sue. Mais ces Mystères de Londres, étonnante plongée dans l’ombre des sociétés secrètes, vision hallucinée où se mêlent la réalité sociale à la Dickens et le mystère à la Wilkie Collins, ouvriront à leur auteur les portes du succès.
Mon avis :
Mon premier Paul Féval. J’ai vu et revu le Bossu mais jamais lu. Je démarre donc avec l’équivalent des Mystères de Paris, d’Eugène Sue (jamais lu non plus !). Paul Féval commença la rédaction des Mystères de Londres en 1843 (en réalité une réécriture lointaine des Mysteries of London de Reynolds) pour concurrencer le succès de Sue, roman feuilletonnesque à caractère social.
Féval opte clairement pour le roman d’aventures et d’intrigues. Celle-ci couvre toutes les classes sociales, des bas-fonds à l’aristocratie. Dès le départ le récit nous aspire dans plusieurs mystères imbriqués, les personnages sont nombreux, les liens entres eux souvent complexes et pas toujours directs. Autant le dire, ça sent un peu la confusion. Ajoutons à cela une rapidité dans la succession des événements, des malentendus et des quiproquos et on a l’impression soudaine de se trouver dans un vaudeville. Les portes qui claquent, les personnages qui se dissimulent derrière une porte, un rideau, la jeune fille en pâmoison, le jeune premier plein de verve et de culot, tout y est et même plus !
La galerie de personnages est vraiment impressionnante et là je vais faire la midinette que je ne suis pas (j’assume entièrement cet écart de conduite) mais j’adore la marquis de Rio-Santo ! Ah quel homme !
Bien des mystères l’entourent, lui et son “œuvre”. Les personnages gravitant autour sont tous aussi intéressants, même si leur profusion ne permet pas de les approfondir autant qu’il aurait été possible. Plusieurs histoires sans rapport apparent sont développées en parallèle. On navigue entre les noires ruelles londoniennes et le faste de la noblesse anglaise. Toutefois, nous ne sommes ni chez Zola ni chez Balzac, et ces deux univers ne sont donc pas approfondis comme ils auraient pu l’être chez les deux sus-nommés qui en avaient fait leur spécialité.
Malgré tout la sauce prend à merveille, on s’y croirait !
L’intrigue est assez alambiquée pour être captivante. J’avoue que les aspects vaudevillesques ne gâchent pas la tension dramatique, c’est finalement assez bien dosé, même si au départ on se fait un peu peur avec toute cette agitation.
On en apprend progressivement un peu plus sur les différents personnages et leurs motivations. Rio-Santo, homme multiple qui en sait long mais donc le projet serait totalement obscur si la quatrième de couverture n’en disait pas autant, est un individu déterminé, passionné, qui n’a qu’un but et qui utilise tous les outils possibles pour parvenir à ses fins.
Ce roman est hautement jouissif si on aime l’aventure, les personnages pittoresques, le mystère et les amours contrariées (oui, ça aussi on y a droit !)
J’avais justement envie de lire ce genre de roman en ce moment, et quelle joie !
Malgré tout, j’ai quelques toutes petites réserves, de rien du tout, mais quand même.
J’ai trouvé le dénouement un poil rapide, voire facile. Les clés nous sont données progressivement, le lecteur comprend bien avant les personnages, si bien qu’il ne reste plus beaucoup de questions, si ce n’est pour les personnages aux-mêmes.
Néanmoins, malgré quelques facilités, de nouveaux mystères achèvent le roman :
Montrer le spoiler uniquement si vous avez lu livre »
Que devient Clary après voir tué Rio-Santo ?
Suzannah retrouve-t-elle sa mère ?
Rio-Santo est-il bien mort ?
Car Féval sème le doute :“Elle mit la main sur le coeur de Fergus qui paraissait ne plus battre” , et ses anciens acolytes semblent encore l’attendre. Attendent-il un homme qui fut un quasi-Dieu de son vivant et dont la mort leur est impensable, ou Rio-Santo a-t-il finalement survécu ?
Les dernières lignes du livre sèment un doute, parce que finalement, le lecteur aussi a envie d’y croire…
Tags: aventures, ère victorienne, filiation, justice, vengeanceQuelques billets apparentés
Agnes Grey
Par myloubook | jeudi 04 juin 2009 à 21:47 | 1 Commentaire »
Dans : Anglophone, BRONTE Anne, MyLouBook, XIXe siècle
Auteur : Anne Brontë
Première édition : 1847
Édition : Gallimard, collection L’Imaginaire
Ma note : ![]()
Quatrième de couverture :
« Miss Grey était une étrange créature ; jamais elle ne flattait et elle était loin de leur faire assez de compliments ; mais, quand elle parlait d’elles ou de quoi que ce fût qui les concernât en termes élogieux, elles pouvaient avoir la certitude que sa bonne opinion était sincère. Elle se montrait dans l’ensemble très prévenante, discrète et pacifique, mais certaines choses la mettaient hors d’elle ; certes, cela ne les gênait guère, mais pourtant mieux valait ne pas la désaccorder puisque, lorsqu’elle était de bonne humeur, elle leur parlait, était fort agréable et pouvait parfois se montrer extrêmement drôle, à sa manière, qui était bien différente de celle de Mère, mais faisait toutefois très bien l’affaire pour changer. Elle avait des opinions arrêtées sur tout, auxquelles elle restait farouchement attachée… Des opinions souvent rebutantes, puisqu’elle pensait toujours en termes de bien et de mal et avait une curieuse révérence pour ce qui touchait à la religion et un penchant incompréhensible pour les honnêtes gens. »
Mon avis :
Fille de pasteur, Agnes Grey décide de devenir gouvernante pour aider financièrement sa famille. Elle travaille d’abord pour les Bloomfield, qui l’accablent de reproches tout en l’empêchant d’avoir la moindre autorité sur une bande d’enfants stupides et foncièrement mauvais. Cruels avec les animaux, capricieux, violents, irrespectueux, incapables d’apprendre leurs leçons, les enfants n’ont d’égaux que leurs parents, absurdes et condescendants. S’ensuit un séjour de quelques années chez les Murray, dont les filles ne sont pas non plus des élèves modèles. Entre l’aînée, jolie, vaine et trop aguicheuse pour une jeune femme bien élevée, et la plus jeune, garçon manqué jurant comme un charretier, Anne doit une fois encore supporter bien des caprices. Puis elle tombe amoureuse de Mr Weston, homme d’église foncièrement bon et intelligent. Tout pourrait s’arranger, jusqu’au jour où, s’apercevant de ses sentiments et persuadée de pouvoir mettre tous les hommes à ses pieds, Miss Murray entreprend de séduire Mr Weston par jeu, empêchant au passage toute rencontre fortuite entre le suffragant et la gouvernante. Miss Murray, vouée à un mariage d’argent, sera-t-elle heureuse? Mr Weston succombera-t-il au charme de l’une ou à la sincérité de l’autre? A vous de le découvrir.
Une fois de plus, j’ai passé un excellent moment en compagnie d’une des sœurs Brontë, bien que ce livre soit assez différent de mes lectures précédentes. Pas de fantastique ou d’influences gothiques par exemple, aucun mystère et une histoire qui semble à première vue un peu moralisatrice, avec des personnages assez manichéens – à l’exception peut-être de Miss Murray, parfois plus touchante malgré son grand égoïsme. Anne est un parangon de vertu et je dois avouer que sa morale irréprochable de fille de pasteur a parfois un petit côté agaçant, y compris lorsqu’elle se dénigre de façon systématique dès qu’il s’agit de sa possible influence sur Mr Weston. Plus ou moins autobiographique, ce charmant roman d’amour avec l’héroïne la moins romantique qui soit peut cela dit passer un trop rapidement pour un texte un peu austère ou un roman pour fleurs bleues.
Regroupé avec les deux titres les plus connus de ses sœurs lors d’une première édition, “Agnes Grey” a été rapidement jugé un peu trop traditionnel et inférieur aux romans de ses aînées… tandis que Charlotte elle-même fait un portrait peu flatteur d’Anne, la décrivant comme une jeune fille effacée à qui il manque la fougue d’Emily (cf Dominique Jean). Et pourtant!
Outre des qualités de narration indéniables, la trame du récit très bien construite et un discours sur l’éducation peu ennuyeux car il parsème seulement l’histoire de remarques faisant écho à des scènes mémorables, ce roman est plus impertinent qu’il n’y paraît à première vue. De nombreux signes a priori discrets dénoncent avec sévérité la décadence et l’attitude peu élégante des «parvenus» – bien que les propriétaires terriens finissent également par en prendre eux aussi pour leur grade. Les allusions faites aux termes précieux et ridicules choisis par ses employeurs m’ont beaucoup amusée, même si je dois avouer que sans les notes de mon édition j’aurais laissé passer un certain nombre de remarques très intéressantes.
“Agnes Grey” est peut-être un roman a priori discret et effacé comme son personnage principal et, peut-être, comme son auteur, si on songe à le comparer aux flamboyants et très romanesques “Jane Eyre” et “Wuthering Heights”. C’est cependant un roman passionnant qui, malgré un certain pragmatisme, s’appuie au fond sur une très belle histoire d’amour et des personnages attachants ou détestables qui ne peuvent pas laisser le lecteur indifférent. L’écriture, très soignée et travaillée, plutôt sèche et précise, est très agréable. J’aurais tendance à penser que ce livre s’adresse plus à un public féminin.
Tags: amour, bourgeoisie, critique, ère victorienne, moeurs, réalisme, religion, romanQuelques billets apparentés
Chronique du règne de Charles IX
Par myloubook | vendredi 13 mars 2009 à 19:30 | Pas de Commentaire »
Dans : Francophone, MyLouBook, MÉRIMÉE Prosper, XIXe siècle
Auteur : Prosper Mérimée
Première édition : 1829
Édition : Garnier Flammarion
Ma note :
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Résumé :
Que le lecteur ne s’y trompe pas : en dépit de son titre, ce livre n’a rien d’une austère chronique. En prenant pour sujet la Saint-Barthélemy et les guerres de Religion qui ensanglantèrent la France du XVIe siècle, Mérimée, au plus fort de la ferveur romantique pour Walter Scott, s’attache à déjouer les codes du roman historique. Souhaitez-vous un portrait de Charles IX ? Allez plutôt “voir son buste au musée d’Angoulême “, rétorque l’auteur. Vous attendez-vous à ce qu’apparaisse la reine Margot ? Vous serez déçu : “elle était un peu indisposée, et gardait la chambre”… C’est Bernard de Mergy, un parfait anonyme, qui occupe le devant de la scène : ce jeune huguenot, amoureux d’une comtesse catholique prompte au prosélytisme, est aux prises avec son propre frère, qui s’est converti. Dans cette œuvre de jeunesse, qui est aussi son unique roman, Mérimée engage avec brio une réflexion sur cette question brûlante : comment les hommes en viennent-ils à s’entretuer monstrueusement ? Et nous offre une chronique d’un genre inédit – “un ouvrage plein d’esprit à la Voltaire”, disait Stendhal.
Mon avis :
Ayant fait une carrière de diplomate, Mérimée a la réputation d’un dandy secret. Parmi ses influences littéraires : Walter Scott et Pouchkine. Pour une biographie exhaustive : Mérimée vu par le Ministère de la Culture. Petite anecdote croustillante : il décède en 1870 à Cannes quelques semaines après la défaite de Sédan ; cependant, avant cela, il est déclaré mort avant l’heure et seul un démenti paru dans le Figaro permet de faire taire la rumeur.
Mérimée entreprend la rédaction de sa chronique en 1828, à l’âge de 25 ans. À l’époque, le jeune écrivain connaît une vie sentimentale mouvementée et des déconvenues amoureuses ; ses aventures entraînent aussi un duel avec un mari jaloux, duel qui lui vaut trois balles dans l’épaule et le bras le 9 janvier de la même année. Au passage, et toujours pour le petit côté people, on lui prête une aventure désastreuse avec George Sand en 1833.
Mais revenons à nos moutons. Rappelant le roman picaresque à la Don Quichotte, cette chronique est l’histoire du jeune Bernard de Mergy, illustre inconnu protestant se rendant à Paris pour faire ses preuves aux côtés de l’Amiral, figure de proue des hérétiques et fameux guerrier. Sans connaître le succès d’œuvres postérieures comme Carmen ou la Vénus d’Ille, le livre s’impose progressivement, favorablement accueilli dans l’ensemble malgré quelques critiques, dont celle de Barbey d’Aurevilly : « Excepté l’étreinte, il n’y a, dans les romans de M. Mérimée, que des coups de pistolet et des coups de couteau ».
Il s’agit au premier abord d’un roman initiatique, puisque le jeune de Mergy, parti pour faire son apprentissage dans l’armée, va s’initier à la vie de débauche de jeunes hommes insouciants et découvrir les plaisirs et malheurs d’un homme convoité par une femme d’influence à la cour. De Charles IX, voilà ce que l’on sait : pour en avoir une description, mieux vaut aller voir son buste au musée d’Angoulême ; la future épouse d’Henri IV Marguerite, indisposée, gardait la chambre. Pourtant, la politique n’est pas loin. Charles IX fait vraisemblablement allusion à Charles X, roi à l’époque de la rédaction du manuscrit. Le roi, personnage de l’ombre, apparaît pourtant à plusieurs reprises dans le roman sous les traits d’un homme fourbe, peu franc et foncièrement cruel, en politique comme à la chasse.
Le contexte historique est cependant tout autre, puisque la chronique s’achève avec la Saint-Barthélemy et la prise de la Rochelle. On peut penser que le thème central de la guerre civile fait écho aux massacres perpétrés pendant la Révolution et la période tumultueuse qui s’ensuit. Quoi qu’il en soit, les différences de religion sont ici au premier plan avec les retrouvailles de Bernard et du canard boiteux de la famille, à savoir son frère récemment converti. Combattant dans deux camps différents, les deux héros sont témoins des horreurs de la guerre religieuse qui sévit en France dans la deuxième moitié du XVIe.
Un roman trop sombre ? Non point ! Le sujet n’est pas léger et c’est ce qui fait aussi son intérêt. Cependant, Chronique du règne de Charles IX est peut-être avant toute chose une histoire de cape et d’épée. Oyez, oyez, aventuriers ! Écrite sur un ton léger, cette chronique est bien souvent pleine d’humour, sans aucun doute toujours savoureuse. Les déboires du jeune de Mergy font notre plaisir : rencontre malencontreuse avec les reîtres dans un bouge entre Orléans et Paris ; bégaiements de jeune niais en présence de la cour ; intrigue amoureuse ; duel (bien évidemment, l’adversaire est totalement antipathique !) ; rencontre avec une sorcière ; ripailles faites en compagnie de catholiques reluquant les belles femmes à l’église… voilà bien des exploits pour un Bernard attachant.
Cette chronique palpitante est un drôle de plongeon en 1572 et une excellente immersion dans l’univers de Mérimée. Dont les œuvres intégrales me font de l’œil désormais…
Tags: apprentissage, aventures, historique, saint-barthélemyQuelques billets apparentés
Le banni
Par Mme Charlotte | mercredi 14 janvier 2009 à 01:09 | 2 Commentaires »
Dans : LAGERLÖF Selma, Mme Charlotte, XXème siècle (début)
Auteur : Selma Lagerlöf
Titre original : Bannlyst
1ère édition : 1918
Ma note:
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Résumé :
Telle est la malédiction qui poursuit Sven Elversson : on croit savoir qu’au cours d’une expédition polaire qui a tourné au désastre, il aurait mangé de la chair humaine. De retour dans son île natale, il est livré à la réprobation publique par le pasteur du village. Désormais, quels que soient ses efforts pour se racheter, Sven fera figure de coupable — même aux yeux de la jolie femme du pasteur, qui ne peut démêler les troubles sentiments que le “banni” lui inspire…
Impétueux, plein d’éloquence, ce roman frappe par le réalisme avec lequel il met en scène les passions et les situations les plus extrêmes pour exalter les thèmes de la faute, de la rédemption, de la compassion et de l’interdit amoureux.
Mon avis:
Ma connaissance de Selma Lagerlöf s’arrêtait à Nils Holgersson, version télé, of course, et j’en garde un souvenir tendre et ému. Avec Le banni je découvre une histoire non dénuée de poésie. Le cadre de la Suède du début du XXème siècle est on ne peut plus dépaysant, et m’a replongée dans le même genre d’ambiance que l’un des premiers romans que j’ai lu (et pense relire du coup !) L’évasion du pays perdu d’Harald Hornborg. Ce dernier fait partie des tous premiers livres qui m’ont marquée. Si je ne me souviens pas de l’histoire et encore moins des détails, (il y a près de 20 ans tout de même !) certains aspects du roman de Lagerlöf m’y ont fait repenser. L’isolement, la fuite, l’histoire d’amour, l’environnement austère mais sublime.
L’histoire de Sven Elversson est celle d’un homme dont la réputation fera le malheur. Banni de la société, il n’aura de cesse de se racheter, enchaînant les bonnes actions, le regard contrit et le sourire timide. Rien ne sera assez bien pour le réhabiliter aux yeux du monde, sa faute n’inspirant que le dégoût. Après une bonne partie du livre consacré à Sven et à son retour chez lui, ses bonnes actions et sa honte persistante, l’auteur nous entraîne quelques années plus tard, au début de la Première Guerre Mondiale. Bien des choses ont changé. Un saut dans le temps que j’ai trouvé plutôt brutal, après une longue entrée en matière, on nous propulse dans ce qui pourrait passer pour une grosse digression. Le pasteur et son épouse ont déménagé, leur niveau de vie a nettement baissé, tandis que Sven vit avec ses parents dans une vieille ferme, portant secours et soutien aux vagabonds et enfants pauvres.
L’histoire est cousue de fil blanc, autant le dire, ça en fait même mal aux yeux. Pourtant les multiples “coïncidences”, de par leur énormité, donnent des allures de conte à ce roman. Ce qui aurait pu être à la limite du fleur bleue devient poétique et mystérieux, et certains éléments apportent une touche de merveilleux, d’inexpliqué. Les personnages sont bien attachants, et finement décrits. Le final est un improbable mélange de grandiloquence, de mysticisme et d’émotion. L’aspect bonne morale était à deux doigts de m’écœurer, j’ai du mal à comprendre la décision finale de l’héroïne. On peut y voir un hymne à la vie, une page qui se tourne, à ce qui doit être vécu, au destin. Une excellente lecture malgré les dernières pages un peu too much.
Tags: amour, destin, superstitionQuelques billets apparentés
Le roman comique
Par nibelheim | jeudi 11 décembre 2008 à 01:07 | Pas de Commentaire »
Dans : Francophone, Nibelheim, SCARRON, XVIIe siècle
Auteur : Scarron
Format : Roman inachevé
1ère édition : 1651 – 1657
Ma note: ![]()
Résumé :
Le Roman comique, c’est le roman des comédiens, d’une troupe de comédiens ambulants qui circulent en charrette, jouent où ils peuvent, couchent où ils peuvent et se nomment le Destin, la Rancune, Mademoiselle de l’Étoile ou Mademoiselle de la Caverne. Aventures d’auberges, aventures de tripots, aventures qui se greffent sur l’aventure, ainsi celle de « l’amante invisible » racontée par Ragotin, « petit homme veuf d’une petite femme, qui avait une petite charge dans une petite juridiction voisine » et « assez mauvais poète pour être étouffé s’il y avait une police dans le royaume ». « Scarron est l’Homère de l’école bouffonne », écrivait Théophile Gautier. Giono parlait d’un « livre extraordinaire de style », d’« un art d’une couleur magique », et Diderot disait que, contre les « vapeurs » et la neurasthénie, il n’y avait pas meilleure tisane que quatre chapitres de Don Quichotte et un paragraphe bien choisi de Rabelais infusés dans huit à dix pages du Roman comique.
Mon avis :
Vous ne vous sentez pas attirés par la littérature du XVIIème siècle, n’y voyant que des bonhommes bien sages et bien sérieux toujours occupés à règlementer la littérature ? Vous pensez qu’il n’y avait alors que Racine, Mme de la Fayette et compagnie, et qu’il n’y a donc plus grand chose à voir à cette période ? (Je précise que j’aime beaucoup Racine et Mme de la Fayette.) Vous trouvez l’histoire de la littérature bien trop lisse ? Alors, je vous recommande de découvrir le personnage de Scarron. Il est aujourd’hui surtout connu pour sa légendaire infirmité et pour le destin de la jolie demoiselle qu’il épousa en 1652, qui n’est autre que la future Madame de Maintenon. Mais Scarron est aussi un homme de lettres qui écrivit nouvelles, pièces de théâtre et autres récits burlesques.
Je souhaitais lire ce livre afin d’avoir un contrepoint à ma lecture de la Clélie, roman héroïco-galant qui lui est contemporain. Et à ce titre, j’ai visé juste. Scarron se propose, dès son titre, de réaliser quelque chose que l’œuvre de Mlle de Scudéry ou celles de ses collègues ne veulent absolument pas faire : parler de la réalité, de la vulgaire et simple réalité, celle des petites gens. Elle est loin l’atmosphère des salons mondains où l’on cherche les plaisirs raffinés d’une conversation réglée, Le roman comique nous introduit dans le quotidien d’une troupe de comédiens ambulants, traînant son lecteur d’auberges en tripots, en passant par des campagnes reculées et des scènes improvisée au beau milieu des places publiques. Roman comique, au sens où il parle des comédiens, il l’est aussi par opposition aux tendances du roman de l’époque, entrant presque en contradiction avec le terme de “roman“, genre qu’on essaie alors de légitimer en le définissant comme une épopée en prose. Là n’est pas la démarche de Scarrion. Les premiers mots du roman placent d’ailleurs l’ouvrage sous le signe de la raillerie et du burlesque : c’est la première flèche (et non la dernière) décochée au roman héroïque, et à son ton jugé grandiloquent :
“ Chapitre premier. Une troupe de comédiens arrive dans la ville du Mans.
Le soleil avait achevé plus de la moitié de sa course et son char, ayant attrapé le penchant du monde, roulait plus vite qu’il ne voulait. Si les chevaux eussent voulu profiter de la pente du chemin, ils eussent achevé ce qui restait du jour en moins d’un demi-quart d’heure ; mais au lieu de tirer de toute leur force, ils ne s’amusaient qu’à faire des courbettes, respirant un air marin qui les faisait hennir et les avertissait que la mer était proche, où l’on dit que leur maître se couche toute les nuits. Pour parler plus humainement et plus intelligiblement, il était entre cinq et six quand une charrette entra dans les halles du Mans.”
Qu’en est-il alors, de cet ouvrage ? Ce qui marque assez fortement à le lecture, en premier lieu, c’est son humour. La lecture du Roman Comique provoque souvent le rire : situations ridicules et personnages grotesques parsèment l’ouvrage de bout en bout. Il y a en particulier la figure de Ragotin, “petit homme veuf d’une petite femme, qui avait une petite charge dans une petite juridiction” qui, au fil des chapitres, est tour à tour écrasé par deux comédiennes et un sac d’avoine après avoir chu dans l’escalier, enfermé dans un coffre, dénudé avant de croiser un convoi de religieuses et d’être enlevé et ligoté par de parfaits inconnus, poursuivi tout nu par des abeilles en colère, poussé dans les égouts au terme d’une bataille lors d’un spectacle de théâtre, sans cesse maltraité par ses camarades qui, plutôt que d’éprouver une quelconque pitié pour ses malheurs, ne peuvent s’empêcher de rire, voire de participer à ses multiples disgrâces. Le portrait me semble assez éloquent. Les ridicules qui semblent parsemer le roman sont d’ailleurs renforcés par les multiples interventions d’un auteur espiègle, qui se plait à balader son lecteur, brouillant les pistes. “Peut-être que je fais dans mon livre comme ceux qui mettent la bride sur le col de leurs chevaux et les laissent aller sur leur bonne foi. Peut-être aussi que j’ai un dessein arrêté …” Lecteur, à toi de te débrouiller ! Scarron n’hésitera pas non plus à donner des titres clin-d’oeil à ses chapitres, comme le chapitre 11 de la première partie qui s’intitule : “Qui contient ce que vous verrez, si vous prenez la peine de le lire”. J’ai donc ressenti beaucoup de plaisir à la lecture de ce roman au style enlevé qui prête souvent à sourire.
Mais Le roman comique n’est pas pour autant dépourvu de romanesque. Histoires enchâssées, extraordinaires facilités de scénario, enlèvements divers, combats et course poursuites sont légion dans ce petit ouvrage. Sans compter les origines mystérieuses de nos héros comédiens, Le Destin et l’Etoile, jeunes amoureux issus sans doute de bonne famille et qui ont fui dans une troupe de comédiens. Il y a plusieurs histoires intégrées dans la trame du roman, récits rétrospectifs de l’histoire des héros, ou récits racontés par des personnages secondaires. Ces derniers, souvent inspirés de nouvelles espagnoles, donnent l’occasion à des histoires d’amour et d’aventure, avec de jeunes filles déguisées en hommes, des enlèvements, des fausses morts et des rivalités entre frères. L’univers du rêve et de l’illusion n’est donc pas bien loin et ces héros fictifs viennent contrebalancer les aventures burlesques de nos comédiens. On remarquera d’ailleurs que le roman cherche instaurer un rythme particulier, compensant les passages comiques et les histoires fictives, en faisant se succéder récits d’héroïsme et bagarre des les auberges et en montrant des péripéties inouïes … Dans un monde comme dans l’autre. On verra en effet que les enlèvements, les courses poursuites et autres combats ne sont pas absents de la vie quotidienne de la troupe. Elles ne sont juste pas traitées avec le même ton …
J’ai apprécié aussi, au cours de ma lecture, la plongée dans l’univers de la province et dans la vie de comédiens ambulants au quotidien chaotique, ballotés de villes en villes, soumis aux demandes et aux conditions extérieures.
Le roman comique est finalement une œuvre riche et divertissante. Singulièrement vivante, aussi. Si les longues analyses du cœur humain, les discussions sur le sentiment amoureux, si les romans et nouvelles galants ne vous ont jamais tentés, jetez quand même un coup d’œil vers ce bonhomme oublié des histoires littéraires et des cours de français : il a peut-être quelque chose d’autre à vous offrir …
Tags: caricature, comédie, humourQuelques billets apparentés
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